SUPERVISION

La supervision est un espace de réflexion et de formation pour regarder avec un tiers spécialisé sa façon d’être thérapeute ou un(e) professionnel(le)s de l’accompagnement relationnel. C’est prendre un temps pour mieux connaitre son savoir faire et son savoir être dans la relation d’aide. C’est aussi une obligation déontologique pour certain(ne)s professionnel(le)s.

Je vous propose pour votre pratique professionnelle de thérapie individuelle et de groupes pour adultes :
• mettre à jour des aspects non conscients de la relation thérapeutique
• identifier les résonances personnelles avec l’accompagné(e)
• avoir un point de vue clinique et éthique
• élaborer des pistes de travail
Ces séances se déroulent de préférence en présence et il est possible les réaliser par visioconférence.

 

Mon expérience de la supervision

J’ai rencontré la supervision en même temps que la gestalt-thérapie. Elle était obligatoire dans le cadre de l’Institut où j’ai été formé et exigée par le code de déontologie que j’ai signé en fin de formation. C’était donc un engagement. Au début, comme beaucoup de mes collègues nous nous posions des questions, à quoi ça sert ? Nous chuchotions même entre nous c’est encore un truc des écoles de formation pour se faire du fric. Comme je suis un garçon obéissant et comme je n’avais pas le choix, sinon c’était l’exclusion, j’y suis allé. Et j’y suis toujours presque 20 ans plus tard !

Supervision sans patients
J’ai même commencé alors que je n’avais pas encore de patients ! J’ai démarré une supervision sans patient une heure par mois. Ce passage était nécessaire pour me préparer d’abord au niveau pratique : lieu, aménagement du lieu, statut administratif, assurances, prix des séances, comptabilité. Mais aussi et surtout au niveau psychologique, j’avais envie et très peur. En plus j’avais un autre métier qui n’avait rien à voir avec les sciences humaines. Il me fallait donc franchir un pas important, élargir mon identité personnelle et professionnelle. Rapidement les patients sont arrivés. C’est devenu une évidence : j’avais besoin de ce soutien. J’ai donc continué régulièrement d’abord en individuel, puis en groupe et en individuel. De plus, je m’inscrivais régulièrement à des séminaires de post-formation. Et j’ai même participé à la formation de superviseur alors que je n’ai pas envie d’être superviseur!

Se lancer : un espace qui sécurise le débutant
Ces premiers temps ont été déterminants. La supervision a apaisé mes angoisses très concrètes : comment se positionner, comment parler du cadre, comment fixer mes honoraires, comment recevoir mes premiers cheminant·e·s sans me sentir imposteur ? J’en suis arrivé à remettre en question le mot patient souvent utilisé, nous sommes en chemin lui et moi ensemble. Je les appelle les cheminants.

Mais surtout, elle m’a appris quelque chose d’essentiel : les zones délicates d’une thérapie ne viennent pas uniquement du client, elles se construisent aussi dans la rencontre, à partir de mon histoire, de mes croyances, de mes zones d’ombre. Avec ma superviseuse, j’ai commencé à développer un regard réflexif sur ma pratique. Ma thérapie personnelle m’aidait à explorer ce qui se rejouait en moi ; la supervision me permettait de transformer ces prises de conscience en ajustements concrets dans ma posture.

Peu à peu, j’ai appris à reconnaître ce qui me traversait en séance et à l’utiliser au service du processus thérapeutique. Cette première supervision m’a offert un socle : de l’assurance, une présence plus fine, une empathie plus incarnée, elle m’a sensibilisé à la subtilité du dévoilement.

Changer de perspective : approfondir l’art de ressentir
Au bout de quelques années, j’ai choisi de poursuivre avec une autre superviseuse, formatrice que j’appréciais particulièrement. Avec elle, j’ai développé une autre compétence fondamentale : prendre le temps de sentir, d’éprouver, de nommer. J’ai vécu et compris ce qu’est l’awareness. J’ai appris à déplier un ressenti, à en faire un outil thérapeutique, à lui donner une forme ajustée et pertinente pour le cheminant·e. Cette supervision individuelle est restée un pilier : un lieu où je peux amener mes questions, mes doutes, mes impasses, les travailler en profondeur et me regarder être gestalt-thérapeute.

L’intelligence collective : l’apport spécifique du groupe
Très attiré par le travail collectif, j’ai rapidement rejoint un groupe de supervision mensuel d’une journée. Là, j’ai découvert une dimension essentielle de la supervision : le groupe pense, ressent et apprend ensemble.

Écouter les situations apportées par d’autres thérapeutes m’a rendu moins vulnérable face à des situations nouvelles. Les vécus partagés créent une banque d’expériences commune, presque pédagogique, qui prépare et renforce. En parlant de mes propres difficultés, j’ai gagné en précision, en aisance, en capacité à mettre des mots sur ce qui se joue dans la relation thérapeutique. Au fil du temps, ma posture s’est vraiment affirmée.

Plus tard, j’ai intégré un autre groupe, animé par Jean-Marie Delacroix. Une évidence pour moi. Son travail rendait la théorie gestaltiste claire, incarnée, compréhensible — j’ai souvent ressenti que son approche donnait un corps vivant aux notions d’awarenes, de champ, de processus, d’expérience.

Dans ce groupe, j’ai découvert quelque chose de décisif : la fonction supervisante n’appartient pas seulement au superviseur. Le groupe entier y contribue. Chacun·e apporte une couleur, un angle, un ressenti, une expérience. L’expérimentation y a une place centrale. Cela génère liberté, créativité, réflexion éthique, ajustement.

C’est dans ce cadre que j’ai osé aller plus loin dans le dévoilement : exprimer des images, des ressentis, des intuitions que je ne savais pas toujours comment partager auparavant. Et, à ma grande surprise, ces propositions « inhabituelles » ouvraient du nouveau dans les thérapies : elles relançaient des processus figés, réintroduisaient du mouvement, de la spontanéité, du jeu, de la confiance. J’ai découvert que la créativité, lorsqu’elle est soutenue et réfléchie, devient un moteur thérapeutique puissant.

L’humilité, une compétence professionnelle
La supervision m’a enseigné l’humilité. Développer une humilité naturelle qui fait partie des compétences humaines et cliniques du psychothérapeute. Qui consiste à reconnaître que l’humain est toujours plus vaste que ce que l’on croit saisir. A accepter que nous ne sommes que des accompagnateurs du processus, et que la relation reste un mystère.

Nos clients ont des histoires aussi complexes que les nôtres, parfois plus. Les accueillir demande d’abandonner toute prétention à savoir — pour s’ouvrir réellement à la rencontre.

La covision, apprendre avec les pairs
Pendant une dizaine d’années, j’ai participé à un groupe de co-vision avec des collègues gestalt-thérapeutes du Réseau Gestalt Drôm’Alpes. Ce fut un espace d’une grande richesse, très différent mais tout aussi formateur. La co-vision n’a pas de figure hiérarchique centrale :
la fonction supervisante circule entre tous.

Ce mode de travail m’a appris l’horizontalité, l’écoute active, la capacité à penser et ressentir ensemble. Yalom le formule admirablement : « Un groupe de soutien entre thérapeutes est un puissant rempart contre les dangers du métier […] un vecteur de soutien et de changement personnel. » (L’art de la thérapie, chapitre 8, de Irvin Yalom aux éditions Galaade). Je crois profondément à cela.

Une étude clinique c’est quoi?
Comme beaucoup de mes collègues de formation qui n’avaient aucune connaissance et expérience en psychologie, je ne savais pas ce qu’était une réflexion clinque, quoi dire à mon superviseur, comment parler de mes patients et de moi avec eux, essayer de comprendre la problématique du cheminant.e en la remettant dans son contexte et éventuellement à la lumière de la psychopathologie. Je restais attaché aux contenus, j’entendais leur façon de me raconter des éléments de leur vie, mais je me sentais mal, comme un imposteur, avec cette question: comment faire de la thérapie avec cela, comment utiliser ce qu’on m’avait appris en formation? La différence était trop grande entre les pratiques entre collègues dans le milieu clos de la formation et la réalité avec des patients dans une zone montagneuse loin des grandes villes.

La supervision m’a appris ce qu’est une étude clinique, comment la faire, comment parler des processus thérapeutiques pour mieux comprendre ce qui se passait et pour identifier mes points faibles et mes points forts. D’ailleurs pendant longtemps j’avais l’impression que je n’avais pas de points forts. Pourtant mes patients revenaient! D’autres arrivaient! La supervision, le soutien de mes collègues en groupe, les patients qui revenaient, tout cela m’a donné confiance. Je devenais psychothérapeute !

Dix-sept ans plus tard, ce que la supervision a transformé en moi
Dix-sept années de supervision individuelle, de supervision groupale et de co-vision ont développé en moi deux facteurs humains importants dans la relation: l’humilité et l’humanité et m’ont permis de devenir le psychothérapeute que je suis avec ses différences.

Elles ont façonné l’homme que je suis : conjoint, père, fils, ami, voisin, membre de communautés multiples.

Elles ont élargi ma conscience de ce qu’est l’humain : un être social capable du pire et du meilleur, capable surtout de créer du nouveau lorsqu’il se met réellement en chemin.

Mais aussi le fait d’avoir participé à la formation de superviseur m’a permis de me différencier en tant que psychothérapeute, de m’affirmer avec mes centres d’intérêt, de trouver ma voie et mon originalité. Je suis devenu profondément Gestalt-thérapeute, mais ouvert à d’autres dimensions. J’inclus ce que j’avais appris et pratiqué ailleurs en Inde, en particulier la méditation dans le courant d’Osho qui déjà m’avait ouvert à cet aspect fondamental de la Gestalt: être là ici et maintenant dans la conscience de mon expérience. Je m’inspire aussi de certains de mes apprentissages faits en Amazonie avec les thérapeutes traditionnels ancestraux.

Aujourd’hui, je ne pourrais pas exercer sans supervision.

Elle est devenue, au-delà d’une exigence déontologique, un espace de respiration, d’apprentissage continu, de transformation, un lieu qui me garde vivant et responsable dans ma pratique.